La famille d’Estrées et la ferme de la recette.

Ferme de la recette

La Famille d’Estrées

On ne connaît pas la date de l’acquisition de la seigneurie par Jean d’Estrées. Il avait été gratifié de Vierzy en 1525, puis son domaine s’était successivement accru, l’achat de Ploisy en 1529 est connu et le dernier en date sera Coeuvres en 1552, mais entre temps il s’était annexé Berzy et le tiers de la seigneurie de Louâtre.

Jean d’Estrées (1486 – après 1571) Capitaine des Gardes du corps du Roi, Grand maître de l’artillerie de France.

Nous savons que Vierzy et Berzy lui venaient des Louvain, il semble vraisemblable que le tiers de Louâtre devait avoir même la provenance.

Les faits et gestes du vaillant capitaine et artilleur qui servit cinq rois mont été mis en bonne lumière par M. Maximilien Buffenoir. Il n’est .pas nécessaire d’y revenir. Il suffira de tenter d‘expliquer le jaillissement du manoir qui avoisine l’église.

A Vierzy et Berzy, Jean d’Estrées avait trouvé d’assez confortables châteaux récents rénovés. Vierzy avec ses raffinements de l’époque flamboyante avait été sa résidence préférée. Son engouement pour les nouveautés qu’il avait vues outre-monts le portèrent à désirer une demeure de ce genre. Il pouvait avoir 65 ans alors, il en entreprit la réalisation à Louâtre. Le choix d’un lieu où il n’était que souverain modeste nous déconcerte un peu, mais sans doute considéra-t-il que Louâtre était à proximité de cette forêt chère aux monarques Valois, la « demeure de nonchaloir » là, pourrait lui être précieuse.

Le canon et les boulets ,qu’on voit sculptés indiquent que la bâtisse ne fut entreprise qu’à partir de 1550, date à laquelle 1’ordonnateur fut nommé grand maître de l’artillerie.

Pourtant, le grand maître n’acheva pas son pavillon, les pierres d’attente des encoignures en témoignent. C’est un repentir qui doit être consécutif de l’achat de Cœuvres, il trouvait là-bas vaste espace dans une terre qui avait titre de vicomté, il y transporta son chantier qui œuvrait en 1559.

Un acte de Jean peut être rapporté, le prêt qu’il consentit à Louis de Hauston en 1547, 600 livres de capital contre une rente de 37 livres 10 sols tournois.

En 1575 Antoine d‘Estrées succéda à son père. Ce fut un personnage plus effacé ; ce qui intéresse, c’est qu’il fut le père de la belle Gabrielle et qu’il se trouvait encore seigneur de Louâtre l’an 1600.

École française du xixe siècle, Antoine d’Estrées, Marquis de Coeuvres, (1529 – 1609) Grand Maître et capitaine général de l’Artillerie (1597-1599), né , Paris, musée de l’armée. Portrait imaginé.
Gabrielle d’Estrées (1573 – 1599) Musée Carnavalet, Paris.

Force est de se contenter d’une simple référence d’archives qui signale qu’à cette date il y louait sa maison moyennant 50 écus.

Louâtre sortit de sa famille et passa à celle du Plessis, si bien que jamais ce tiers de seigneurie ne sera inclus dans le marquisat de Cœuvres (depuis duché d’Estrées) qu’on érigea en faveur d’Antoine en 1585. Dans les années qui suivront, marquis et ducs n’auront en droits sur Louâtre que quelques grains à percevoir sur la seigneurie, ,et celui émanant de leur vicomté de Soissons : la prééminence de justice sur le chemin qui partait de l’abbaye de Longpont, montait à Violaine, Louâtre, se continuait par la Falaise, la Loge Tristan, Chouy et se terminait à Pringy.

Contemporains d’Antoine d’Estrées, deux seigneurs d’importance secondaire étaient en présence : Baptiste de Hauston et Antoine de Faroux. Ils étaient parents, leur comparution en 1593 au conseil de famille .des mineurs des de Beauvais-Vouty montre comment à cause des Dargies (de Villers-Hélon) ils étaient alliés à toute la vénérable noblesse du canton, à citer les ,du Jayd-Pépinet (Rozoy), d’Orjault (Hartennes), Conflans (Saint-Rémy), de Hermant (Saint-Pierre-Aigle) et les La Motte de Ville.

Chacun de ces deux petits seigneurs « en partie » va laisser une postérité qui demeurera fidèle à la localité : les Faroux et du Moulin jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les Hauston et leurs héritiers Condé jusqu’A l’extinction du régime.

La ferme de la Recette

C’est l’ancienne maison seigneuriale, délimitée par un quadrilatère régulier de cinq côtés partout bordés de chemins ou sentes. Rien de médiéval ne subsiste du château, le pavillon des Estrées est au centre tandis que les bâtiments ruraux s’adossent aux clôtures.

Le plan de l’architecte devait comporter un corps de logis faisant face à une terrasse tournée vers l’église, terrasse elle- même cantonnée de deux ailes.

Seule l’aile de gauche a été levée ainsi que la tour d’escalier haute de 10 mètres sous corniche, qui devait se placer en charnière aux deux bâtiments.

Tandis qu’au même moment, le chantier de l’église en était toujours à la façon ogivale, celui-ci œuvrait en style Renaissance du type Henri II. La construction est plus sévère que ses contemporaines de Givray et du Plessis-au-Bois, les murs ne sont ornés ,que de bandeaux, les fenêtres sont à croisées de pierre, la tour est sur plan carré et est couverte d’une pyramide de pierre.

La décoration ne jaillit que sur la porte d’accès de cette tour et dans la fenêtre des combles qu’il conviendrait mieux d’appeler lucarne, app1iquée contre le pignon. Porte et lucarne sont accolés de pilastres cannelés dont l’imposte supporte un fronton. Le curieux, c’est .que ces impostes sont élargies pour recevoir la sculpture de nombreux, petits boulets. D’autres de ces projectiles sont placés sur les frontons, sur les rampants, du pignon et en pinacle sur la tour, les boulets de la lucarne sont accompagnés, d’une pièce de canon. Ainsi, l’orgueil du grand maître de l’artillerie explose, le thème sera repris à Cœuvres mais avec moins d’ostentation. Ces attributs de dignité avaient déjà été employés par J. de Pommereux au Plessis- Brion, Rosny ne les oubliera pas dans la décoration de Sully- sur-Loire.

Les intérieurs restent de tradition médiévale, avec plafonds à poutres et solives, cheminées superposées au rez-de-chaussée, à l’étage et dans les combles. La plus jolie est sans conteste celle de l’étage, son manteau est orné .de quatre écussons malheureusement muets, qui pour couronnes n’ont que coquilles.

La tourelle est curieuse, elle est la transposition Renaissance de celles qu’érigea le XVe siècle. Elle est d’abord la vis d’escalier des étages, puis aurait donné communication avec le grand logis projeté, plus haut elle se termine par une sallete sous la pyramide, éclairée par des lucarnes de pierre et elle aussi, chauffée par une petite cheminée.

L’exiguïté du terrain ne dut pas être étrangère à l’inachèvement du monument. Tel qu’il est, par sa date il est commémoratif en évoquant la bataille de Saint-Quentin où Jean D’estrées ne parut pas où son fils fur fait prisonnier ; ou mieux, la victoire de Calis dont Jean fut vainqueur (1557).

© Fédération des Sociétés d’histoire et d’archéologie de l’Aisne. Mémoires. Tome XIV, 1968